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Citations de Virginia Woolf, avec leurs sources
Figure de la littérature anglaise du XXe siècle, Virginia Woolf a laissé des romans, des essais et une correspondance abondante. De Une chambre à soi (10/18, 1996) à Les Vagues (Gallimard, 2012), ces 54 citations viennent de huit livres, chacune avec son titre, son éditeur et son année.
Page mise à jour le 01/09/2026
Pour commencer
Je suis allongée, paresseuse et satisfaite, et je dévore livre après livre.
Je pense que l'amour est une telle abomination que je conseillerais à quiconque de rompre.
Je suis léthargique comme un alligator au zoo. Et l'alligator n'a pas des idées très claires sur Racine.
Être aimé de Susan ce serait être empalé sur le bec pointu d'un oiseau, être cloué à la porte d'une grange.
À retenir
- 54 citations de Virginia Woolf, chacune reliée à l'oeuvre et à l'éditeur d'origine.
- Femme de lettres et féministe anglaise, née en 1882, morte en 1941.
- Les textes proviennent de huit oeuvres, dont Les Vagues, Correspondance et Une chambre à soi.
Qui était Virginia Woolf
Virginia Woolf naît le 25 janvier 1882 et meurt le 28 mars 1941. Femme de lettres et féministe anglaise, elle traverse l'entre-deux-guerres comme une figure marquante de la société littéraire londonienne, entourée d'un groupe d'artistes et d'écrivains proche du quartier de Bloomsbury.
Romancière et essayiste, elle continue d'être citée pour la précision de ses images et pour la place qu'elle a défendue pour les femmes dans l'écriture.
Les citations de Virginia Woolf, avec leur source
Chez Virginia Woolf, chaque phrase gardée ici tient à son livre d'origine : les 54 citations de cette page viennent de huit ouvrages, de Les Vagues à Une chambre à soi, avec l'éditeur et l'année de l'édition consultée pour chacun.
Dans Une chambre à soi (10/18, 1996), la phrase la plus reprise reste : « Il est indispensable qu'une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une oeuvre de fiction. » Une revendication directe, posée comme une condition matérielle plutôt que comme un vœu.
La Correspondance (Gallimard, 2009) montre un ton plus mordant, comme dans cette remarque sur le XIXe siècle : « Une grande partie de l'horreur victorienne semble tenir à ce qu'ils se déplaçaient à pied ou bien assis derrière de solides chevaux qui suaient sous l'effort. »
Le recueil Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds (Les Belles Lettres, 2017) défend une idée de la littérature sans béquilles : « Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds. S'ils ont besoin d'être soutenus par une préface ici, une introduction là, ils n'ont pas plus le droit d'exister qu'une table qui a besoin d'un morceau de carton pour être d'aplomb. »
Les œuvres d'où viennent ces citations
Huit livres composent le corpus de cette page : des romans, des essais et une correspondance. Les Vagues, publié chez Gallimard en 2012, fournit le plus grand nombre de citations, portées par plusieurs voix qui se répondent tout au long du roman.
| Oeuvre | Éditeur | Année |
|---|---|---|
| Les Vagues | Gallimard | 2012 |
| Correspondance | Gallimard | 2009 |
| Une chambre à soi | 10/18 | 1996 |
| L'écrivain et la vie | Payot & Rivages | 2008 |
| Trois guinées | Des femmes | 1977 |
| Un lieu à soi | Folio | 2020 |
| Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds | Les Belles Lettres | 2017 |
Une chambre à soi et Trois guinées portent les essais les plus connus sur la condition des femmes. L'écrivain et la vie et Entre les livres regroupent des textes sur le métier d'écrire. La Correspondance et Un lieu à soi donnent le ton le plus personnel, à lire après les essais pour prolonger la voix qu'on y a découverte.
Domaine public : ce que cela autorise
Virginia Woolf meurt en 1941 ; son oeuvre entre dans le domaine public français en 2011, soixante-dix ans plus tard. Trois Guinées, publié aux éditions Des femmes en 1977, appartient déjà à ce fonds commun ; n'importe lequel des huit livres réunis sur cette page peut désormais être reproduit, adapté ou vendu sans verser de droits à un ayant droit.
Une nuance à connaître
Le domaine public couvre le texte original de Virginia Woolf. Une traduction française récente, comme celle de Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds parue aux Belles Lettres en 2017, peut porter ses propres droits de traduction : c'est l'édition qui reste protégée, pas la citation elle-même.
- Le Florilège propose aussi des citations sur l'amour, thème que Woolf aborde sans détour.
- D'autres pages rassemblent des citations sur les livres, en écho à son travail d'écrivaine.
- Le recueil compte des citations sur le couple, pour un autre regard sur les liens entre deux personnes.
- Pour la lecture elle-même, voir les citations sur la lecture.
- Et pour un ton plus léger, les citations drôles sur l'amour.
Les 50 autres citations
L'eau ruisselle le long de ma rigole dorsale. Des flèches de sensations lumineuses m'assaillent des deux côtés.
L'infirmité de mon écriture n'est pas uniquement due à ma maladie de cœur : je suis réduite à un stylo à plume.
Il est indispensable qu'une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une oeuvre de fiction.
En tant que femme, je n'ai pas de pays. En tant que femme, je ne désire aucun pays. Mon pays à moi, femme, c'est le monde entier.
Le charme des rues de Londres provient de ce que jamais deux personnes n'y sont semblables ; chacun y parait comme modifié par ses propres affaires.
C'est assommant, dit Jinny, de marcher sur une grand-route sans devanture à regarder, sans ces yeux troubles de verre bleu incrustés dans le trottoir.
Une grande partie de l'horreur victorienne semble tenir à ce qu'ils se déplaçaient à pied ou bien assis derrière de solides chevaux qui suaient sous l'effort.
La race humaine s'explique-t-elle ? Je veux parler de ces étranges spécimens, qui nous ressemblent effrayamment mais qui en même temps sont si proches des chimpanzés.
Écoute, Rhoda (car nous sommes des conspirateurs, les mains posées sur l'urne froide), la voix banale, vive, exaltante de l'action, la voix des chiens flairant la trace.
Pour un instant seulement, dit Louis. Avant que la chaîne se rompe, avant que le désordre revienne, regardez comme nous sommes figés, comme nous sommes pris dans un étau.
Le reflet pourpre, dit Rhoda, dans l'anneau de Miss Lambert va et vient sur la tache noire de la page blanche du missel. C'est un reflet lie-de-vin, c'est un reflet érotique.
Moins nous chercherons à connaître le passé de notre chère Mère l’anglais, mieux cela vaudra pour la réputation de la dame. Car elle en a fréquenté des tavernes de marins, la belle !
La vérité c’est que, souvent, j’aime les femmes. J’aime leur absence de conventions. J’aime leur incomplétude. J’aime leur anonymat. J’aime - mais je ne dois pas courir sur ce chemin.
J'ai dit que si l'on versait un peu de sel sur un escargot, il se mettait à baver. Lytton était le sel ; Sheppard la bave. Il a dit que ça résumait admirablement sa vie qui est un échec complet.
Les mots, les mots anglais, sont pleins d’échos, de souvenirs, d’associations - et ce par nature. Ils ont vécu dans le monde, sur les lèvres des gens, dans leurs demeures, les rues et les champs depuis des siècles.
L'horloge fait tic tac. Les deux aiguilles sont des convois en route pour la traversée d'un désert. Les barres noires sur le cadran sont des oasis vertes. La grande aiguille a pris de l'avance pour trouver de l'eau.
Les mots ne vivent pas dans les dictionnaires mais dans l’esprit. Et comment y vivent-ils ? Ils ont des mœurs étranges et variées, comme celles des humains, vagabondant de-ci de-là, tombant amoureux et s’accouplant.
Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds. S'ils ont besoin d'être soutenus par une préface ici, une introduction là, ils n'ont pas plus le droit d'exister qu'une table qui a besoin d'un morceau de carton pour être d'aplomb.
Des sensations riches et puissantes se forment sur le toit de mon esprit ; ma journée tombe comme une averse - les bois ; et Elvedon ; Susan et le pigeon. Ruisselant sur les murs de mon esprit, coulant d'un même flot, ma journée tombe dru, resplendissante.
Tout est étrange. Les choses sont immenses et minuscules. Les tiges des fleurs sont épaisses comme des troncs de chêne. Les feuillages sont hauts comme les dômes de vastes cathédrales. Nous sommes des géants couchés ici, capables de faire frémir les forêts.
Je peux penser à mes Armadas qui voguent sur les hautes vagues. Je suis libérée des durs contacts et des collisions. Je continue de voguer seule sous de blanches falaises. Oh, mais je sombre, je tombe ! Voilà le coin de l'armoire ; voilà le miroir de la nursery.
Mrs Constable, une serviette de bain nouée à la taille, prend son éponge couleur de citron et la trempe dans l'eau ; elle devient marron comme du chocolat ; elle goutte ; et, l'élevant au-dessus de moi, alors que je frissonne au-dessous, Mrs. Constable la presse.
Repu comme l'enfant qui a pris le sein, je suis maintenant libre de m'enfoncer, profondément, dans ce qui se passe, cette vie, omniprésente, générale. (Comme tout dépend, me dis-je, du pantalon ; une tête intelligente est totalement handicapée par un pantalon élimé).
À présent, dit Bernard, rampons sous le baldaquin feuillu des groseilliers, et racontons des histoires. Habitons le monde souterrain. Prenons possession de notre territoire secret, éclairé par les candélabres des groseilles en grappe, rouge vif d'un côté, noires de l'autre.
Je suis recouvert de chair tiède. Mes recoins les plus secs sont mouillés ; mon corps froid se réchauffe ; il est inondé et luisant. L'eau descend et m'enrobe comme une anguille. À présent des serviettes chaudes m'enveloppent, je me frotte le dos et le tissu rêche fait ronronner mon sang.
Je vais prendre mon angoisse et la déposer sur les racines sous les hêtres. Je vais l'examiner et la prendre entre mes doigts. Ils ne me trouveront pas. Je mangerai des noisettes et je chercherai des œufs sous les ronces et mes cheveux seront poissés et je dormirai sous les haies et boirai l'eau des fossés et mourrai là.
Ils parlent à présent sans se donner la peine de finir leurs phrases. Ils ont une langue intime comme celle des amants. Une brute impérieuse s'empare d'eux. Les nerfs tressaillent dans leurs cuisses. Leur cœur bat et cogne dans leur poitrine. Susan serre très fort son mouchoir. Des flammes dansent dans les yeux de Jinny.
L’écrivain a pour tâche de sélectionner un aspect et de faire en sorte qu’il en évoque vingt - une tâche périlleuse et difficile s’il en est, mais c’est à cette seule condition que le lecteur est délivré du grouillement confus de la vie et se trouve effectivement marqué par l’aspect précis que l’écrivain souhaite lui faire relever.
Par secousses intermittentes, brusques comme les bonds d'un tigre, la vie émerge faisant palpiter sa crête sombre sur la mer. Voilà à quoi nous sommes attachés ; voilà à quoi nous sommes liés, tels des corps humains à des chevaux sauvages. Et pourtant nous avons inventé des procédés pour colmater les crevasses et masquer ces fissures.
Pourquoi, comme Louis, réclamer une explication, ou s'enfuir comme Rhoda vers un bosquet lointain et écarter les feuilles de laurier et y chercher des statues ? On dit qu'il faut battre des ailes contre la tempête parce qu'on croit qu'au-delà de cette confusion le soleil brille ; que le soleil tombe dru sur les étangs emplumés de saules.
J'aime aussi trouver le cortège ronflant de l'existence, dans un théâtre, par exemple. L'animal des champs couleur d'argile, l'animal terreux indescriptible s'y dresse et avec une ingéniosité et des efforts infinis livre son combat contre les vertes forêts et les vertes prairies et les moutons qui avancent d'un pas mesuré, en mâchonnant.
Nous tenons, apparemment, à vivre. Puis de nouveau, l'indifférence revient. Le grondement de la circulation, les visages indistincts qui passent, de-ci de-là, m'engourdissent et me font rêver ; effacent les traits des visages. Les gens pourraient me passer au travers. Et quel est cet instant, cette journée particulière où je me trouve pris ?
Comme ils ont l'air étrange, dit Susan, ces petits tas de sucre marbrées des poires, et le cadre luxueux des miroirs. Je ne les avais pas encore vus. Tout est fixé à présent ; tout est en place. Bernard est fiancé. L'irrévocable s'est produit. On a lancé un cercle sur les eaux ; imposé une chaîne. Nous n'irons plus jamais librement au fil de l'eau.
Car les femmes sont restées assises à l'intérieur de leurs maisons pendant des millions d'années, si bien qu'à présent les murs mêmes sont imprégnés de leur force créatrice ; et cette force créatrice surcharge à ce point la capacité des briques et du mortier qu'il lui faut maintenant trouver autre chose, se harnacher de plumes, de pinceaux, d'affaires et de politique.
Pour perdurer, chaque phrase doit receler, en son tréfonds, une petite étincelle de feu que le romancier, en dépit du danger, doit à mains nues extraire du brasier. Partant, sa situation est précaire. Il doit s’exposer à la vie ; il doit courir le risque d’être entraîné au loin et trompé par sa duplicité ; il doit s’emparer de ses trésors et ne pas tenir compte du rebut.
Quoi qu'il en soit, la première chose que j'aimerais écrire ici, dis-je, traversant la salle pour me rendre auprès du bureau, puis prenant le feuillet qui porte l'en-tête " Les femmes et le roman", c'est qu'il est néfaste pour celui qui veut écrire de penser à son sexe. Il est néfaste d'être purement un homme ou une femme ; il faut être une femme-masculin ou homme-féminin.
Le rugissement de la circulation pourrait être n'importe quel vacarme - arbres de la forêt ou grondement des fauves. Le temps a reculé d'un ou deux pouces sur son dévidoir ; notre brève avancée a été annulée. Je crois qu'en vérité nos corps sont nus. L'étoffe boutonnée ne nous couvre qu'en surface ; et sous ces trottoirs il y a des coquillages, des ossements et du silence.
Je suis tout fibre. Tout tremblement m'ébranle, et le poids de la terre pèse sur mes côtes. Ici en haut, mes yeux sont des feuilles vertes, qui ne voient pas. Je suis un garçon en costume de flanelle grise avec une ceinture bouclée par un serpent de cuivre ici en haut. En ce lieu, en bas, mes yeux sont les yeux sans paupières d'une figure de pierre dans un désert près du Nil.
Le silence va se refermer derrière nous. Si je regarde en arrière par-delà cette tête chauve, je vois le silence se refermer déjà et les ombres des nuages se poursuivre sur la lande déserte ; le silence se referme sur notre passage éphémère. Voici, dis-je, l'instant présent ; voici le premier jour des grandes vacances. Voici la partie émergée du monstre auquel nous sommes attachés.
Je dis : « Bats-toi ». « Bats-toi », répétai-je. C'est l'effort et la lutte, c'est l'état de guerre perpétuel, ce sont les déchirures et les épissures - telle est la bataille quotidienne, la défaite ou la victoire, la poursuite qui nous absorbe. Les arbres, dispersés, se remirent en ordre ; le vert épais du feuillage s'éclaircit en une lueur dansante. Je les pris dans les filets d'une expression subite. Je les sauvai de l'informe par des mots.
Enlevez toute protection aux femmes, exposez-les aux mêmes efforts, aux mêmes activités que les hommes, faites-en des soldats, des marins et des mécaniciennes et des docteurs, et les femmes ne mourront-elles pas si vite et si jeunes qu'on dira : "J'ai vu une femme aujourd'hui", comme on disait autrefois : "J'ai vu un avion." Tout pourra arriver quand être une femme ne voudra plus dire : exercer une fonction protégée, pensais-je, ouvrant ma porte.
Il est très tôt, avant la classe. Fleur après fleur fait moucheture sur les verts profonds. Les pétales sont des arlequins. Les tiges émergent des trous noirs au-dessous. Les fleurs nagent comme des poissons de lumière sur les eaux vertes, sombres. Je tiens une tige à la main. Je suis cette tige. Mes racines s'enfoncent dans les profondeurs du monde, traversent la terre de brique sèche, et la terre humide, traversent des veines de plomb et d'argent.
Je vais fabriquer des images de ce que je déteste le plus et les enfouir dans le sol. Ce galet luisant c'est Mme Carlo ; je vais l'enterrer très profond à cause de ses manières serviles et obséquieuses, à cause de la pièce de six pence qu'elle m'a donnée pour ne pas avoir plié les doigts quand je faisais mes gammes. J'ai enterré sa pièce. Je voudrais enterrer le carrelage rouge brique et les portraits graisseux de ces vieillards bienfaiteurs, fondateurs de collèges.
Cours ! dit Bernard. Cours ! Le jardinier à la barbe noire nous a vus ! On va nous tirer dessus ! On va nous tirer comme des geais et nous épingler au mur. Nous sommes en pays ennemi. Il nous faut nous réfugier dans le bois de hêtres. Il nous faut nous cacher sous les arbres. J'ai cassé une petite branche quand nous sommes venus. Il y a un sentier secret. Baisse-toi autant que tu peux. Suis-moi sans regarder derrière toi. Ils vont nous prendre pour des renards. Cours !
Il y a des arbres que j'aime ; le cerisier avec ses boules transparentes de gomme sur l'écorce ; et la vue qu'on a du grenier sur quelques collines lointaines. À part ça, je voudrais tout enterrer comme j'enterre ces vilains cailloux qu'on trouve éparpillés le long de cette côte saumâtre, avec ses jetées et ses touristes. Chez moi, les vagues ont des kilomètres de long. Les nuits d'hiver on les entend gronder. À Noël dernier un homme s'est noyé assis seul dans sa charrette.
La chaleur quitte la Jungle, dit Bernard. Les feuilles battent de leurs ailes noires au-dessus de nous. Miss Curry a soufflé dans son sifflet sur la terrasse. Il nous faut sortir à quatre pattes de la tente feuillue des groseilliers et nous mettre debout. Il y a des brindilles dans tes cheveux, Jinny. Il y a une chenille verte dans ton cou. Il faut se mettre en rang, deux par deux. Miss Curry nous emmène en promenade d'un bon pas, tandis que Miss Hudson assise à son bureau fait ses comptes.
Je l'ai vue l'embrasser, dit Susan. Je regardais entre les feuilles et je l'ai vue. Elle est entrée en dansant pailletée de diamants légers comme de la poussière. Et moi je suis trapue, Bernard, je ne suis pas grande. J'ai des yeux qui regardent tout près du sol et ils voient les insectes dans l'herbe. La chaleur blonde dans ma poitrine s'est pétrifiée lorsque j'ai vu Jinny embrasser Louis. Je mangerai de l'herbe et mourrai dans un fossé dans l'eau brunâtre où les feuilles mortes ont pourri.
Ils sont protégés, dit Rhoda, des doigts trop curieux et des yeux inquisiteurs. Avec quelle facilité ils se retournent et regardent ; comme ils prennent des poses énergiques et orgueilleuses ! Quelle vie brille dans les yeux de Jinny ; comme le regard de Susan est farouche, entier, cherchant les insectes dans les racines ! Ils ont les cheveux brillants et lustrés. Leurs yeux luisent comme ceux des bêtes qui suivent dans le feuillage une proie à la trace. Le cercle est détruit. Nous sommes brutalement séparés.
Pourquoi aucune femme, quand un homme sur deux, semble-t-il, était capable de faire une chanson ou un sonnet, n'a écrit un mot de cette extraordinaire littérature, reste pour moi une énigme cruelle. Quelles étaient les conditions de vie des femmes ? me demandais-je ; car la fiction, œuvre d'imagination s'il en est, n'est pas déposée sur le sol tel un caillou, comme le pourrait être la science ; le roman est semblable à une toile d'araignée, attachée très légèrement peut-être, mais enfin attachée à la vie par ses quatre coins.
Mais si nous avons besoin de toute notre connaissance des anciens écrivains pour suivre ce que tentent les nouveaux, il est certain que nous revenons de notre aventure parmi les nouveaux livres avec un œil bien plus aigu pour les anciens. Nous avons alors l’impression de pouvoir surprendre leurs secrets, examiner profondément leur œuvre, en rassembler les parties, parce que nous avons assisté à l’élaboration des nouveaux livres, et, avec un regard débarrassé de préjugés, nous pouvons apprécier plus justement ce qu’ils font, ce qui est bon et ce qui est mauvais.
Questions fréquentes
Quelle est la citation la plus connue de Virginia Woolf ?
Parmi les 54 citations réunies ici, « Il est indispensable qu'une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une oeuvre de fiction. » (Une chambre à soi, 10/18, 1996) est la plus reprise.
De quelle œuvre viennent les citations de Virginia Woolf ?
Elles sont réparties sur huit livres : Les Vagues, Correspondance, Une chambre à soi, L'écrivain et la vie, Trois guinées, Un lieu à soi, Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds et Entre les livres.
Les textes de Virginia Woolf sont-ils libres de droits ?
Oui : morte en 1941, Virginia Woolf est dans le domaine public en France depuis plus de 70 ans après sa mort. Ses textes originaux peuvent être reproduits et adaptés librement, la traduction utilisée pouvant toutefois porter ses propres droits.
Comment citer Virginia Woolf correctement dans un devoir ou un discours ?
Il suffit de reprendre le texte exact entre guillemets et d'indiquer l'oeuvre d'origine, l'éditeur et l'année, comme le fait chaque citation de cette page : Une chambre à soi, 10/18, 1996, par exemple.
Sources et méthode
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