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Citations de Simone Weil : 44 textes sourcés
Simone Weil, née en 1909 et morte en 1943, laisse une pensée qui va de la mystique à la politique du travail. Cette page réunit 44 de ses textes, chacun rattaché à l'oeuvre et à l'édition dont il provient, sans anecdote ajoutée.
Page mise à jour le 01/09/2026
Pour commencer
On ne peut pardonner que ce que l'on peut punir.
Essayer de remédier aux fautes par l'attention et non par la volonté.
Considérer toujours les hommes au pouvoir comme des choses dangereuses.
C'est un grand danger que celui d'aimer Dieu comme un joueur aime le jeu.
À retenir
- 44 citations de Simone Weil composent cette page, toutes sourcées jusqu'à leur édition.
- 8 oeuvres sont représentées, de Mille pardons à L'Enracinement.
- Morte en 1943, Simone Weil entre dans le domaine public français en 2014, 70 ans après sa mort.
Qui était Simone Weil
Simone Weil, née à Paris en 1909 et morte à Ashford en 1943, est une philosophe française. Elle est la sœur d'un mathématicien réputé, et son patronyme se prononce comme celui d'une ancienne ministre à qui on la confond parfois, sans lien de parenté entre elles.
Sa pensée traverse deux registres distincts dans les textes réunis ici : une réflexion spirituelle sur l'attention, le malheur et l'amour, et une réflexion politique sur le travail, les partis et la démocratie. Les deux registres cohabitent dans une œuvre écrite en une quinzaine d'années.
Les citations de Simone Weil, avec leur source
Ces 44 textes viennent de huit oeuvres différentes, la plupart publiées après la mort de l'autrice. Dans La Pesanteur et la Grâce (Plon, 1988), le recueil le plus représenté, Simone Weil écrit : « Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l'absence. » La phrase la plus courte du recueil, tirée de la même édition, est empruntée à l'Évangile et commentée par elle : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin. »
Dans Note sur la suppression générale des partis politiques (Flammarion, 2017), le propos change de registre : « Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice. » Conditions premières d'un travail non servile (L'Herne, 2014) porte sur un troisième terrain, celui de l'usine : le texte y décrit ce que le travail détruit chez celui qui l'exécute, jusqu'à l'attention elle-même.
Les œuvres d'où viennent ces citations
Huit oeuvres composent le corpus retenu, d'une formule brève à des essais plus longs. Mille pardons (Robert Laffont/bouquins/segher, 2010) fournit la citation la plus courte de la page, sur le pardon et la punition. La Pesanteur et la Grâce (Plon, 1988) domine le corpus en nombre de textes, réunis autour de l'attention, de la grâce et du malheur.
| Oeuvre | Éditeur, année | Ce qu'on y trouve |
|---|---|---|
| Mille pardons | Robert Laffont/bouquins/segher, 2010 | une formule brève sur le pardon |
| La Pesanteur et la Grâce | Plon, 1988 | attention, malheur, amour et Dieu |
| L'Enracinement | Gallimard, 1949 | les obligations envers autrui et la France |
| Écrits historiques et politiques | Gallimard, 1960 | jugements sur l'Empire et la colonisation |
| Note sur la suppression générale des partis politiques | Flammarion, 2017 | critique des partis et de la démocratie comme moyen |
| Conditions premières d'un travail non servile | L'Herne, 2014 | l'attention et l'épuisement à l'usine |
| La Condition ouvrière | Gallimard, 1951 | l'exigence morale face à la condition d'autrui |
| L'enracinement: prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain | Gallimard, 1960 | une comparaison entre Empire romain et Allemagne |
Pour une première lecture, Mille pardons donne un accès bref avant d'aborder La Pesanteur et la Grâce, le texte le plus étoffé sur la vie intérieure. Les écrits politiques, L'Enracinement, Écrits historiques et politiques et Note sur la suppression générale des partis politiques, se lisent ensuite, suivis des deux textes sur le travail en usine, Conditions premières d'un travail non servile et La Condition ouvrière.
Domaine public : ce que cela autorise
En droit français, une œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de son auteur. Simone Weil étant morte en 1943, ses textes originaux sont dans le domaine public depuis 2014 : ils peuvent être reproduits, adaptés ou vendus sans verser de droits sur le texte lui-même.
Cette liberté porte sur les mots de Simone Weil, pas sur chaque édition qui les publie. Une édition comme celle de La Pesanteur et la Grâce chez Plon (1988) ou de Conditions premières d'un travail non servile chez L'Herne (2014) peut comporter un travail éditorial récent, préface ou mise en page, protégé indépendamment du texte d'origine.
- Citations sur l'amour : pour prolonger la réflexion sur l'attention et le lien à l'autre
- Citations tristes sur la vie : pour ce que Simone Weil écrit du malheur
- Citations sur l'art : pour le passage sur Bach et la mélodie grégorienne
- Citations sur Dieu : pour le versant le plus spirituel de son oeuvre
- Citations sur la tristesse : pour un autre regard sur le malheur qu'elle décrit
Les 40 autres citations
Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l'absence.
Le malheur contraint à reconnaître comme réel ce qu'on ne croit pas possible.
Le temps est une image de l'éternité, mais c'est aussi un ersatz de l'éternité.
Tu ne pourrais être née à une meilleure époque que celle-ci où on a tout perdu.
Je ne dois pas aimer ma souffrance parce qu'elle est utile, mais parce qu'elle est.
Parmi les êtres humains, on ne reconnaît pleinement l'existence que de ceux qu'on aime.
Un homme qui serait seul dans l'univers n'aurait aucun droit, mais seulement des obligations.
Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie : s'aimer soi-même comme un étranger.
Aimer purement, c'est consentir à la distance, c'est adorer la distance entre soi et ce qu'on aime.
L'attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. Elle suppose la foi et l'amour.
L'amour est un signe de notre misère. Dieu ne peut aimer que soi. Nous ne pouvons aimer qu'autre chose.
Le beau est le nécessaire, qui, tout en demeurant conforme à sa loi propre et à elle seule, obéit au bien.
L'unique source de salut et de grandeur pour la France, c'est de reprendre contact avec son génie au fond de son malheur.
Nous savons au moyen de l'intelligence que ce que l'intelligence n'appréhende pas est plus réel que ce qu'elle appréhende.
Un critérium du réel, c'est que c'est dur et rugueux. On y trouve des joies, non de l'agrément. Ce qui est agréable est rêverie.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.
Peut-on dire que nous avons apporté la culture aux Arabes, eux qui ont conservé pour nous les traditions grecques pendant le moyen âge ?
Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice.
La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison.
L'homme est esclave pour autant qu'entre l'action et son effet, entre l'effort et l'œuvre, se trouve placée l'intervention de volontés étrangères.
Jamais en aucun cas je ne consentirai à juger convenable pour un de mes semblables, quel qu'il soit, ce que je juge moralement intolérable pour moi-même.
Si l'on admire l' Empire romain, pourquoi en vouloir à l'Allemagne qui essaie de le reconstituer, sur un territoire plus vaste, avec des méthodes presque identiques ?
L'hitlérisme consiste dans l'application par l'Allemagne au continent européen, et plus généralement aux pays de race blanche, des méthodes de la conquête et de la domination coloniales.
Il faut éliminer le malheur autant qu'on le peut de la vie sociale, car le malheur ne sert qu'à la grâce et la société n'est pas une société d'élus. Il y aura toujours assez de malheur pour les élus.
Le totalitarisme moderne est au totalitarisme catholique du XIIe siècle ce qu'est l'esprit laïque et franc-maçon à l'humanisme de la renaissance. L'humanité se dégrade à chaque oscillation. Jusqu'où cela ira-t-il ?
Aider la France à trouver au fond de son malheur une inspiration conforme à son génie et aux besoins actuels des hommes en détresse. Répandre cette inspiration, une fois retrouvée ou du moins entrevue, à travers le monde.
L’influence de l’Ancien Testament et celle de l’Empire Romain, dont la tradition a été continuée par la papauté, sont à mon avis les deux causes essentielles de la corruption du christianisme. |précision=Lettre de Simone Weil à Déodat Roché
L'Église commet un abus de pouvoir quand elle prétend contraindre l'amour et l'intelligence à prendre son langage pour norme. Cet abus de pouvoir ne procède pas de Dieu. Il vient de la tendance naturelle de toute collectivité, sans exception, aux abus de pouvoir.
Je proposerais volontiers ce postulat : on est toujours barbare envers les faibles. Ou du moins, pour ne pas nier tout pouvoir à la vertu, on pourrait affirmer que, sauf au prix d'un effort de générosité aussi rare que le génie, on est toujours barbare envers les faibles.
La civilisation européenne est une combinaison de l'esprit d'Orient avec son contraire, combinaison dans laquelle l'esprit d'Orient doit entrer dans une proportion assez considérable. Cette proportion est loin d'être réalisée aujourd'hui. Nous avons besoin d'une injection d'esprit oriental.
La connaissance de la misère humaine est difficile au riche, au puissant, parce qu'il est presque invinciblement porté à croire qu'il est quelque chose. Elle est également difficile au misérable parce qu'il est presque invinciblement porté à croire que le riche, le puissant est quelques chose.
Si nous gardons sans cesse présente à l'esprit la pensée d'un ordre humain véritable, si nous y pensons comme à un objet auquel on doit le sacrifice total quand l'occasion se présente, nous serons dans la situation d'un homme qui marche dans la nuit sans guide, mais en pensant sans cesse à la direction qu'il veut suivre. Pour un tel voyageur, il y a une grande espérance.
Écarter les croyances combleuses de vides, adoucisseuses des amertumes. Celle à l'immortalité. Celle à l'utilité des péchés : etiam peccata. Celle à l'ordre providentiel des événements - bref les « consolations » qu'on cherche ordinairement dans la religion. Aimer Dieu à travers la destruction de Troie et de Carthage, et sans consolation. L'amour n'est pas consolation, il est lumière.
Quiconque a éprouvé cet épuisement et ne l'a pas oublié peut le lire dans les yeux de presque tous les ouvriers qui défilent le soir hors de l'usine. Combien on aimerait pouvoir déposer son âme, en entrant, avec sa carte de pointage, et la reprendre intacte à la sortie ! Mais le contraire se produit. On l'emporte avec soi dans l'usine, où elle souffre ; le soir, cet épuisement l'a comme anéantie, et les heures de loisirs sont vaines.
Presque partout - et même souvent pour des problèmes purement techniques - l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'opération de la pensée. C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée. Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.
Après l'écroulement de notre civilisation, de deux choses l'une : ou elle périra tout entière comme les civilisations antiques, ou elle s'adaptera à un monde décentralisé. Il dépend de nous, non pas de briser la centralisation (car elle fait automatiquement boule de neige jusqu'à la catastrophe) mais de préparer l'avenir. Notre époque a détruit la hiérarchie intérieure. Comment laisserait-elle subsister la hiérarchie sociale qui n'en est qu'une image grossière ?
Quand on écoute du Bach ou une mélodie grégorienne, toutes les facultés de l'âme se tendent et se taisent, pour appréhender cette chose parfaitement belle, chacune à sa façon. L'intelligence entre autres : elle n'y trouve rien à affirmer et à nier, mais elle s'en nourrit. La foi ne doit-elle pas être adhésion de cette espèce ? On dégrade les mystères de la foi en en faisant un objet d'affirmation ou de négation, alors qu'ils doivent être un objet de contemplation.
L'usine devrait être un lieu de joie, un lieu où, même s'il est inévitable que le corps et l'âme souffrent, l'âme puisse aussi pourtant goûter des joies, se nourrir de joies. Il faudrait pour cela y changer, en un sens peu de choses, en un sens beaucoup. Tous les systèmes de réforme ou de transformation sociale portent à faux ; s'ils étaient réalisés, ils laisseraient le mal intact ; ils visent à changer trop et trop peu, trop peu ce qui est la cause du mal, trop les circonstances qui y sont étrangères.
Mais le pire attentat, celui qui mériterait peut-être d'être assimilé au crime contre l'Esprit, qui est sans pardon, s'il n'était probablement commis par des inconscients, c'est l'attentat contre l'attention des travailleurs. Il tue dans l'âme la faculté qui y constitue la racine même de toute vocation surnaturelle. La basse espèce d'attention exigée par le travail taylorisé n'est compatible avec aucune autre, parce qu'elle vide l'âme de tout ce qui n'est pas le souci de la vitesse. Ce genre de travail ne peut pas être transfiguré, il faut le supprimer.
Des obligations identiques lient tous les êtres humains, bien qu'elles correspondent à des actes différents selon les situations. Aucun être humain, quel qu'il soit, en aucune circonstance, ne peut s'y soustraire sans crime ; excepté dans les cas où, deux obligations réelles étant en fait incompatibles, un homme est contraint d'abandonner l'une d'elles. L'imperfection d'un ordre social se mesure à la quantité de situations de ce genre qu'il enferme. Mais même en ce cas il y a crime si l'obligation abandonnée n'est pas seulement abandonnée en fait, mais est de plus niée.
Questions fréquentes
Quelle est la citation la plus connue de Simone Weil ?
« Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l'absence. », tirée de La Pesanteur et la Grâce, figure parmi les formules les plus reprises de cette sélection.
De quelle œuvre viennent les citations de Simone Weil ?
Elles viennent de huit oeuvres, principalement La Pesanteur et la Grâce et L'Enracinement, complétées par des textes politiques et deux essais sur le travail en usine.
Les textes de Simone Weil sont-ils libres de droits ?
Morte en 1943, elle entre dans le domaine public français depuis 2014, 70 ans après sa mort : ses écrits originaux peuvent être repris librement, hors travail éditorial propre à chaque édition.
Comment citer Simone Weil correctement dans un devoir ou un discours ?
En indiquant le titre exact de l'oeuvre, l'éditeur et l'année de l'édition utilisée, comme Note sur la suppression générale des partis politiques, Flammarion, 2017, plutôt que le seul nom de l'autrice.
Sources et méthode
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